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LE DONJON DE VINCENNES

 

 

 

Le donjon de Vincennes, siège de l'autorité royale

 

 

C'est un édifice quadrilobé commencé sous le règne de Jean le Bon  et achevé par Charles V.

Ce donjon, le plus haut d'Europe, domine de ses 50 mètres la banlieue Est de Paris et le bois de Vincennes, vestige de la grande forêt giboyeuse qui avait attiré en ce lieu les premiers rois capétiens.
L'histoire de Vincennes commence avec la construction d'un manoir de chasse au milieu de la forêt au XIe siècle, sous les premiers rois capétiens.

Saint Louis y réside volontiers et rend la justice à l'occasion sous un chêne voisin, si l'on en croit le récit hagiographique de son ami Joinville.

Dans ce manoir, dont il ne reste qu'une fontaine, naissent aussi les premiers-nés de la dynastie.

Au début de la guerre de Cent Ans, le roi Jean II le Bon, de la branche cadette des Valois, lance la construction d'un donjon à proximité du manoir. Son impéritie et sa capture à la bataille de Poitiers ne lui laissent pas le temps de l'achever et c'est son fils Charles V le Sage qui va s'en charger avec le concours de l'architecte Raymond du Temple.

Le donjon est inauguré en 1370 et le roi le complète par une enceinte ponctuée de neuf tours qui enclôt également le manoir des origines.

Il lance aussi la construction d'une Sainte Chapelle imitée de celle construite à Paris, un siècle plus tôt, par son aïeul Saint Louis. Premier témoignage du gothique flamboyant, elle ne sera terminée qu'à la Renaissance, par François 1er.

Satisfait de son oeuvre, Charles V ne tarde pas à délaisser les résidences royales de Paris, le donjon du Louvre et l'hôtel Saint-Paul, dans le Marais, l'un et l'autre aujourd'hui disparus.

Il emménage à Vincennes, qui bénéficie d'un environnement plus salubre et d'un confort élevé pour l'époque, et surtout le met à l'abri des sautes d'humeur des Parisiens.

Comme son lointain successeur Louis XIV, Charles V a eu à souffrir dans sa jeunesse d'une révolte des Parisiens.

 

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Vue du château de Vincennes sous Charles V.
Gravure de Pierre Nicolas Ransonette.



Comme lui, il a dû fuir la capitale en catastrophe. Et de même que Louis XIV installera son gouvernement à Versailles, à l'écart de Paris, Charles V installe le sien à Vincennes.

C'est dès lors à Vincennes que vont se prendre les grandes décisions du roi «en son conseil».

Mort prématurément à 42 ans, en 1380, Charles V n'a pas le temps de mener à bien le transfert complet de la Cour à Vincennes.

Un siècle plus tard, sous les derniers Valois, Vincennes est délaissé au profit de nouvelles résidences comme les châteaux du val de Loire.

Pendant la minorité de Louis XIV, le cardinal Mazarin fait construire par l'architecte Le Vau, à côté du donjon, un magnifique palais de style classique pour abriter la famille royale. Louis XIV l'agrandit avant de l'abandonner tout à fait au profit de Versailles.

 

 

Et le donjon devint prison...

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le donjon, transformé en prison, accueille des prisonniers célèbres comme le prince de Condé, chef de la Fronde nobiliaire, le surintendant Fouquet, sous la surveillance de d'Artagnan, Diderot, Mirabeau (père et fils) ou encore Sade... Le marquis passe six ans dans un confortable cachot où il écrit son roman le plus célèbre, Justine.

Menacée de destruction au début de la Révolution, la résidence royale est sauvée in extremis par une intervention du marquis de Lafayette. Elle devient un arsenal militaire et occasionnellement une prison, non plus pour accueillir des prisonniers de haut rang mais des malheureux victimes des aléas de la politique.

 

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C'est dans un des fossés de Vincennes qu'est exécuté le malheureux duc d'Enghien sur ordre de Bonaparte en 1804.


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Vue des fossés et de la Tour de la Reine (XIVe siècle).

Un saule pleureur marque l'emplacement où fut fusillé le duc d'Enghien.

 

Plus tard sont fusillés les officiers du fort coupables d'avoir rallié la Commune de Paris. Pendant la G

rande Guerre, la danseuse Mata Hari sera fusillée à quelques kilomètres de là, sur le Polygone de Tir.

Sont aussi fusillés des résistants dans les fossés, le 20 août 1944. Les heures sombres de l'ancienne résidence royale s'achèvent avec le procès du colonel Jean Bastien-Thiry en 1963.

 

Un donjon exceptionnel

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Le donjon de Charles V demeure exceptionnel par sa taille et son caractère royal.


Entouré de douves qui étaient à l'origine remplies d'eau, il est précédé d'une entrée fortifiée, le châtelet, avec, à l'étage, un petit cabinet de travail dans lequel Charles V recevait ses visiteurs.

Le donjon de Vincennes et la passerelle d'accès à l'étage (photo : André Larané)On accède à l'étage par un escalier hors oeuvre (accolé au bâtiment principal et non inclus dans celui-ci), le plus ancien que l'on connaisse ; il est l'oeuvre de Raymond du Temple.

Du châtelet, on gagne le donjon par une passerelle en bois amovible. Pour des raisons de sécurité, le donjon n'avait pas, à l'origine, d'ouverture à sa base.

Au premier étage, les visiteurs accèdent directement à la «grande» salle du Conseil.


En cet endroit où battait le coeur du royaume ne pouvaient guère se réunir plus d'une trentaine de personnes !

Les nervures des voûtes gothiques conservent des traces de peinture d'origine. Sur les murs, on distingue des crochets pour l'accrochage des lambris. Il reste même sur les parties les plus hautes quelques-uns de ces lambris en bois de chêne. Peints ou couverts de tentures, ces lambris, qui couvrai

ent à l'origine les murs et les voûtes, avaient vocation à décorer la pièce et la protéger du froid.

Un très large escalier en colimaçon mène à l'étage supérieur, où habitait le roi. Sa chambre, au centre, comporte encore des éléments du décor d'origine (peintures, sculptures et lambris).

Les autres pièces principales sont le bureau, avec une large vue sur Paris et des alcôves pour ranger les dossiers, et la salle du trésor.

Là, le roi gardait ses manuscrits et objets d'art ainsi que la trésorerie du royaume (l'équivalent d'un cinquième du budget annuel sous forme de sacs de cuir remplis de monnaie).

Notons à chaque étage, dans les tourelles d'angle, une chapelle pour le recueillement. Le roi Charles V, très pieux, venait y prier ou assister à la messe plusieurs fois par jour.

 

Notons aussi la présence de latrines à chaque étage,

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une commodité qui va de soi dans les demeures bourgeois

es et princières du Moyen Âge mais qui disparaîtra à la Renaissance, remplacée par la chaise percée, nettement moins hygiénique.

Les quatre étages supérieurs, qui ne se visitent pas, accueillaient l'entourage du roi. Mais au total, soulignons-le, ce puissant donjon n'

a jamais hébergé qu'une trentaine de personnes à la fois ! C'est dire la modestie de l'État à ses origines.....


 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 30/03/2009



 

 

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