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Le prix Nobel de littérature (Nobelpriset i litteratur en suédois) récompense annuellement depuis 1901 un ou une écrivain, bienfaiteur de l'humanité, dont l'œuvre est censée avoir apporté une contribution remarquable aux champs du savoir, de l'art et de la culture.
Le prix a été créé par testament par le chimiste suédois Alfred Nobel. Selon ce testament, le lauréat devait avoir « élaboré une œuvre littéraire faisant la démonstration d'une impressionnante force idéaliste ».
Récompense considérée comme la plus prestigieuse et la plus médiatique au monde, le Nobel met en lumière un auteur et ses travaux. Il lui assure une promotion à l'échelle planétaire, une renommée internationale et une certaine aisance financière.
Il n'est pas rare que le prix Nobel prenne une signification politique, ayant parfois valeur de désaveu face à des régimes autoritaires. En effet, plusieurs écrivains exilés, dissidents, contestataires, persécutés ou interdits de publication dans leur pays ont été récompensés, à l'instar de Boris Pasternak, Pablo Neruda, Alexandre Soljenitsyne et Gao Xingjian .
Le prix Nobel honore avant tout les romanciers, essayistes, poètes et dramaturges. On compte toutefois, dans la liste des lauréats, trois philosophes (Rudolf Christoph Eucken, Henri Bergson et Bertrand Russell) et deux historiens (Christian Matthias Theodor Mommsen et Winston Churchill, également distingué pour ses discours politiques).
La personnalité la plus âgée à avoir obtenu cette distinction est Doris Lessing (née en 1919), récompensée en 2007 à 88 ans. Le plus jeune lauréat est Rudyard Kipling (1865-1936), couronné en 1907 à 42 ans.
Nominations et mode de fonctionnement Annonce annuelle du prix Nobel à Stockholm
Chaque fin d'année, à l'automne, le prix Nobel est attribué par l'Académie suédoise. Pour constituer ses nominations, l'Académie s'appuie sur plusieurs figures d'autorité dans le domaine parmi lesquelles d'autres membres d'académies et de sociétés littéraires nationales et étrangères, d'éminents professeurs d'université en littérature, langue et linguistique, d'anciens lauréats du prix ou encore des présidents d'associations nationales d'écrivains représentatives de la production littéraire dans leurs pays. Chacun propose une liste de plusieurs noms qu'il peut détailler, expliquer et argumenter et qu'il communique par la suite au Comité Nobel comprenant 5 académiciens élus pour 3 ans. Il est interdit à chacune des personnes sollicitées de voter pour elle-même. Près de 350 noms sont proposés annuellement au comité qui les élague à partir du 1er février pour ne garder que 15 à 20 candidatures envoyées ensuite à l'ensemble de l'Académie suédoise. En mai, les académiciens fixent parmi celles-ci une liste finale de 5 noms. Après avoir étudié en détail, durant l'été, l'œuvre et la biographie des auteurs en lice, les jurés organisent plusieurs discussions. En conclusion des débats, début octobre, ils procèdent à un vote. La personne qui obtient plus de la moitié des voix est désignée comme lauréate du prix Nobel. Les 4 recalés sont réinscrits d'office pour les sélections de l'année suivante. Le jury peut aussi déroger à la règle suite à une décision exceptionnelle prise à l'unanimité ou à la large majorité des intervenants, comme dans le cas très rare d'attribution d'un prix double ou conjoint. Ce mode de fonctionnement est similaire pour toutes les autres catégories du Nobel. L'identité du récipiendaire est révélée par le secrétaire permanent de l'Académie dans le courant du mois d'octobre, lors d'une conférence de presse dans le bâtiment de Börshuset, situé dans la vieille ville de Stockholm. Le contenu et le déroulement des délibérations, ainsi que la liste finale des 5 personnalités sont gardés secrets pendant 50 ans. Le nom du vainqueur fait en conséquence l'objet, d'année en année, de plusieurs spéculations et paris au sein de la presse et des milieux littéraires.
Même si le montant de la somme inhérente au prix a évolué au cours de son histoire, il est fixé aujourd'hui à 10 millions de couronnes suédoises, à savoir environ un million d'euros. Chaque personnalité récompensée se voit décerner par le roi de Suède, au cours de la Cérémonie de remise des prix Nobel, le 10 décembre à Stockholm, la médaille d'or et le diplôme de la Fondation Nobel. Le gagnant doit également faire un discours, dans sa langue natale ou d'adoption, dans lequel il définit son œuvre et ses aspirations artistiques.
Le choix des lauréats dans les années 1950
En 1954, 27 écrivains sont pressentis, dont l'Espagnol Ramon Menendez Pidal, l'Américain Ernest Hemingway, et les Français André Malraux et Albert Camus dont les noms circulaient depuis la fin des années 1940. Même si les jurés suédois ont une préférence pour Malraux, celui-ci n'a pas écrit de romans depuis longtemps, ce qui rend son choix impossible. Hemingway, lui, vient d'écrire Le Vieil Homme et la mer deux ans plus tôt. Le cynisme, la sécheresse et la brutalité de son écriture s'accordent mal avec l'idéal exigé par le testament d'Alfred Nobel mais l'écrivain a une forme d'héroïsme qui séduit certains jurés. C'est finalement lui qui l'emporte.
En 1955, 46 noms sont écrits sur la première liste de pressentis, dont les Français Camus, Henri Bosco, Malraux, Jules Romains, Georges Duhamel. C'est finalement l'Islandais Halldór Laxness qui est choisi. En 1956, parmi les 44 écrivains pressentis, il y a 12 Français : Georges Duhamel, Marcel Pagnol, Henry de Montherlant, Henri Bosco, Jean Guitton, Marthe Bibesco, Saint-John Perse, André Malraux, Gabriel Marcel, Albert Camus, Jean Schlumberger, Jules Supervielle. Mais c'est l'Espagnol Ramón Menéndez Pidal qui a le plus de parrainages de personnalités et d'institutions. Pour Herr Österling, le membre le plus influent du comité, le choix doit se faire entre lui et Juan Ramón Jiménez : « Il est évident que la zone espagnole a été sérieusement négligée depuis 1922, lorsque le dramaturge Jacinto Benavente a été récompensé. le choix doit se faire entre lui et Jimenez». Camus venait lui de publier La Chute, un récit qui pour les membres du comité pouvait être comparé à La Peste. Cette nouvelle œuvre renforce indéniablement les mérites de Camus pour obtenir le Nobel, mais le jury préfère attendre pour un examen approfondi. Juan Ramon Jimenez est donc choisi.
En 1957, 49 noms sont cités sur les listes dont 12 nouveaux. Cette fois-ci, l'avis du comité est unanime : Albert Camus. Quelques mois auparavant, le 14 avril, Anders Österling écrit une critique élogieuse de L'Exil et le Royaume dans le quotidien Stockholms Tidningen. Le 17 octobre 1957, Albert Camus est choisi « pour son importante œuvre littéraire qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes».
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