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ANIMAUX

AUTRES EXPRESSIONS


Un cerbère

Désigne un gardien particulièrement féroce ou méchant.
Se dit d’une personne méchante et hargneuse.

L’expression “un cerbère” désigne un gardien féroce ou une personne particulièrement méchante, en souvenir du terrible chien qui gardait l’entrée des enfers, non pas pour empêcher les âmes des morts d’y entrer, mais bien pour les empêcher d’en ressortir et de retourner ainsi dans le monde des vivants.On retrouve la légende de Cerbère dans les douze travaux d’Hercule (Héraclès romain), lorsque celui-ci doit enlever l’horrible gardien des enfers pour le donner à Eurysthée qui désire en devenir le maître.

Cerbère, en fait de chien, est un molosse à trois têtes, à la fourrure hérissée de serpents et muni d’une queue dont la piqûre venimeuse est mortelle. Héraclès devra promettre de l’affronter sans aucune arme et de le maitriser sans le tuer, ni lui faire couler une seule goutte de sang. Il parviendra à le domestiquer en l’étranglant jusqu’à ce que la bête reconnaisse en lui son maître. Cependant, terrifié par le monstre, Eurysthée ordonnera à Héraclès de reconduire le gardien des enfers à son poste originel.

Ainsi, l’expression encore usitée de nos jours “un cerbère” désigne une personne qui monte la garde de manière hargneuse, inflexible et méchante. Notons que souvent, cette expression est un cri du cœur émis par une personne éconduite vertement; elle se dit alors sous la forme d’une constatation amère et offusquée: “Mais c’est un véritable cerbère!”.





 

 

 

Un cheval de Troie

Communément: Un cadeau, un don qui s’avère être une malédiction / Une personne chargée d’infiltrer un milieu pour le détruire de l’intérieur.
En informatique: Système pirate permettant de pénétrer un ordinateur et de le contrôler à distance.


Le cheval de Troie fait référence au célèbre récit de Homère, L’Odyssée, lorsqu’au bout de dix ans d’une guerre et d’un siège infructueux de la ville de Troie, les grecs trouvent une idée pour pénétrer dans la ville. En effet, Épéios construit un cheval géant en bois et creux, dans lequel se cache un groupe de soldats menés par Ulysse tandis que Sinon réussit à convaincre les Troyens d’accepter l’offrande de ce cheval. Malgré les avertissements de Laocoon et de Cassandre, les Troyens acceptent l’offrande, font entrer le cheval dans leur ville et au terme d’une grande fête, s’endorment dans les vapeurs d’alcool. C’est à ce moment que les quelques soldats grecs cachés sortent de l’intérieur du cheval et ouvrent les portes de la ville, permettant ainsi à leurs compatriotes d’envahir la citée. Tous les hommes et les garçons seront tués pour éviter une vengeance ultérieure, tandis que les femmes et les filles seront emmenées en tant qu’esclaves.

    « (…) L’histoire du cheval
    qu’Épéios, assisté d’Athéna, construisit,
    et traquenard qu’Ulysse conduisit à l’acropole
    surchargé de soldats qui allaient piller Troie. »

    Homère, “L’Odyssée”, chant VIII.

Ainsi, l’expression “un cheval de Troie” désigne dans le langage courant, un cadeau empoisonné. Mais en Informatique, il désigne un programme qui profite d’une faille dans le système de défense d’un ordinateur pour permettre au pirate à l’origine de l’action, de prendre, par internet, le contrôle de l’ordinateur attaqué. Ce programme permet aussi d’accéder à des données sensibles et de télécharger et d’exécuter des virus en contournant l’antivirus installé.




 

 

 

Dès potron-minet

Dès l’aube.

L’expression “dès potron-minet” (1835) est issue de la locution de 1640 - aujourd’hui disparue - “dès potron-jacquet”, où les termes potron et jacquet désignaient respectivement “le petit d’un animal” et un “écureuil” (mais aussi “un flatteur”). Ce serait par analogie de comportement entre une personne particulièrement flatteuse et les câlins d’un chat que les termes se seraient substitués au fil du temps dans la locution. On retrouve ces explication dans le dictionnaire de Louis-Marius-Eugène Grandjean (qui cite en partie, mais mot pour mot, Pierre-Marie Quitard) en ces termes.

    “Potron-jaquet ou Potron-minet, origine incertaine.

    - Se lever dès Potron-minet …: au petit jour, de grand matin; c’est-à-dire comme le petit chat, qui distingue très bien les objets dans l’obscurité et se lève avant le jour pour prendre la souris. Potron serait le diminutif de potre, ou poutre, petit des animaux.

        “Il avançait pays, monté sur un criquet,
        Se levait tous les jours dès potron-jacquet.”
        (Grandval, “Poèmes de Cartouche”, Chant VII,97.)

    En Normandie, on dit: se lever dès le paître jacquet (écureuil), c’est-à-dire au moment où l’écureuil va chercher sa nourriture.

    On dit aussi: se lever dès les chats, parce que le chat est réputé le plus matineux des quadrupèdes, ou: dès que les chats sont chaussés (Dictionnaire de Trévoux.)

    - Il y a aussi la variante patron; parce que l’œil du patron doit toujours être ouvert.
    - On dit à l’inverse: se coucher avec les poules; se lever au desjucher. (Rabelais III,11). [...]“

    Louis-Marius-Eugène Grandjean, “Dictionnaire de locutions proverbiales”, Tome II, 1899

Notons l’explication de la flatterie dont était affublé le mot jacquet, que Pierre-Marie Quitard fournissait dans son dictionnaire et que Grandjean n’a pas reprise:

    “[...] Jacquet est un vieux mot par lequel on désignait un flatteur (1), acception qu’Amyot a conservée dans la phrase suivante de sa traduction de Plutarque (Traité de la mauvaise honte, ch.8): “Tu le loueras doncques haultement et follement et feras bruit des mains en lui applaudissant comme des jacquets“. C’est sans doute en raison de la conformité qu’on a trouvée entre le caractère du flatteur et celui du chat, que le nom de jacquet a été transporté à cet animal.”

    (1) Jacquet était, dit-on, venu par corruption de jacet, troisième personne du présent de l’indicatif du verbe latin jaceo, employé pour exprimer l’action du flatteur qui se prosterne, qui se met pour ainsi dire à plat ventre devant la personne qu’il veut flagorner.

    Pierre-Marie Quitard, “Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales des autres langues”, 1842

Enfin, quelques soient l’origine et l’évolution des mots de cette expression, elle aura toujours gardé le sens, encore actuel, “dès l’aube”, “dès le point du jour”.


 

 

Faire avaler des couleuvres / Avaler des couleuvres

Infliger des humiliations, des désagréments à longueur de temps à quelqu’un / Subir des humiliations, des affronts ou des désagréments sans oser protester.
Faire accepter, à un quidam, n’importe quoi comme une vérité / Accepter n’importe quoi comme une vérité.

L’expression “faire avaler des couleuvres “, attestée dès 1667, se retrouve dans la correspondance suivie de Bussy-Rabutin et de
Madame de Sévigné avec le sens, oublié de nos jours, “infliger des désagréments à quelqu’un”; le mot couleuvre symbolisant alors quelque chose de tortueux.

Cette explication de la locution se retrouve postérieurement chez A. Furetière et V. d’Hautel en ces termes:

    * “Couleuvre s.f. Serpent qui est de la figure d’une anguille, & qu’on reconnoist quand il est dans un étang, en ce qu’il a toûjours la teste hors de l’eau. [...] On dit qu’un homme a bien avalé des couleuvres, lorsqu’on a dit ou fait devant luy plusieurs choses fascheuses qu’il se peut appliquer, ayant été cependant obligé de cacher le desplaisir qu’il en avoit.”

      Antoine Furetière, “Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois”, 1695

    * “Couleuvre. Faire avaler des couleuvres à quelqu’un. Signifie lui faire essuyer de grandes mortifications, des chagrins amers.”

      V.d’Hautel, “Dictionnaire du bas langage”, 1808

Cependant, comment est-on passé de l’idée de mortification ou d’humiliation à celle de mensonge à l’heure actuelle? Il existe deux versions possibles pour expliquer l’origine de cette signification:

   1. Alain Rey suppose dans son “Robert, Dictionnaire Historique de la Langue Française” que le mot couleuvre désignant dès le XVIe siècle, quelque chose de tortueux, se serait croisé avec le sens figuré du mot couleur existant durant la période des XVe au XVIIe siècles, soit: l’apparence trompeuse, la fausse apparence. Ainsi, ce mélange de termes et de significations aurait affublé la couleuvre des attributs du mensonge et de la perfidie, donnant dès lors le sens de “tromper quelqu’un” à l’expression ” faire avaler des couleuvres”.
   2. Claude Duneton, quant à lui, donne une autre explication dans son livre “La puce à l’oreille”:

    “Je pense pour ma part qu’il y a là quelque part “anguille sous roche”. L’anguille, poisson d’eau douce à forme de serpent, constituait, du temps qu’elle foisonnait dans nos pures rivières, un mets courant et particulièrement apprécié. Il est probable que c’est par opposition à elle que la couleuvre, considérée comme répugnante et même dangereuse, intervient. Des hôtes mauvais plaisants auraient-ils servi des couleuvres en lieu d’anguilles pour éprouver la docilité de leurs convives?… Le coup du chat à la sauce lapin? Après tout la couleuvre est comestible, et de chair fine au dire de certains. On l’appelle aussi anguille de haie.”

 

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