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DE RICHELIEU ARMAND JEAN DU PLESSIS 1585 - 1642

AUTRES BIOGRAPHIES

 

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Armand Jean du Plessis de Richelieu, cardinal, duc et pair de France, ministre de Louis XIII. Né à Paris le 9 septembre 1585, il meurt le 4 décembre 1642.

Initialement destiné au métier des armes, il est contraint de rentrer dans les ordres afin de conserver à sa famille le bénéfice de l'évêché de Luçon. Il devient secrétaire d’État en 1616 puis cardinal en 1622 et principal ministre de Louis XIII en 1624. Il reste en fonction jusqu'à sa mort, en 1642 ; le cardinal Jules Mazarin lui succède.

La fonction exercée par Richelieu auprès de Louis XIII est souvent désignée par le qualificatif de premier ministre, alors que le titre n'existe pas à l'époque. Aussi le cardinal est-il parfois considéré comme le premier des Premiers ministres que le monde ait connus. Son action englobe aussi bien des dimensions politiques, diplomatiques et coloniales que culturelles et religieuses.

Réputé pour son habileté voire son caractère jugé retors, souvent critiqué pour sa fermeté intransigeante, il fait du concept moderne de raison d'État la clé de voûte de ses méthodes de gouvernement et de sa vision diplomatique et politique. En lutte à l'intérieur contre la noblesse et les protestants, et à l'extérieur contre les Habsbourg, réprimant sévèrement aussi bien les duels meurtriers que les révoltes antifiscales paysannes, il est considéré comme un fondateur essentiel de l'État moderne en France.

Son action est un dur combat pour un renforcement du pouvoir royal, qui s'affirmera d'une manière plus triomphante sous le gouvernement personnel de Louis XIV (1661-1715) et plus apaisée sous celui du cardinal Fleury (1726-1743). Cette nouvelle forme de la monarchie sera plus tard désignée par le terme d'absolutisme.

 Jeunesse

Richelieu naît à Paris, rue du Bouloi, bien qu'une ancienne polémique situe sa naissance dans le fief familial, au château des Richelieu, en Poitou. Il est le cinquième rejeton d'une famille de six enfants: Françoise, née en 1578, Henri, né en 1580, Alphonse, né en 1582, Armand lui-même, né en 1585, et Nicole, née en 1587. L'une de ses soeurs, Isabelle, a été récemment « redécouverte » par l'historien Roland Mousnier dans sa biographie de Richelieu « L'Homme Rouge ». Sa famille, d'ancienne noblesse poitevine mais pauvre, est très honorablement connue: son père, François du Plessis, seigneur de Richelieu, est un soldat et un courtisan qui occupe la charge de Grand Prévôt de France ; sa mère, Suzanne de La Porte, est la fille d'un fameux juriste. Alors que le jeune Armand n'est âgé que de cinq ans, son père, capitaine des gardes d'Henri IV, meurt au combat le 10 Juin 1690 dans les Guerres de Religion. Il laisse une famille endettée mais la générosité royale lui permet d'éviter les difficultés financières. Pour la récompenser de la participation de François du Plessis aux Guerres de Religion, le roi Henri III donne l'évêché de Luçon à sa famille. Celle-ci en perçoit ainsi pour son usage privé la plus grande partie des revenus, ce qui mécontente les gens d’Église qui auraient désiré que ces fonds fussent utilisés pour l'Église. À l'âge de neuf ans, le jeune Armand est envoyé à Paris en septembre 1594 au Collège de Navarre, pour étudier la philosophie. Il reçoit ensuite une formation à l'école de Monsieur de Pluvinel en vue d'une carrière militaire.

Investiture canonique

Destiné à une carrière militaire, Richelieu se trouve dans l'obligation en 1605 de se tourner vers une carrière religieuse, son frère Alphonse-Louis du Plessis ayant refusé l'évêché de Luçon pour devenir moine en rentrant à la Grande Chartreuse, sa famille refusant de perdre ce qu'elle considérait comme une véritable source de profit. Cette perspective de devenir évêque ne lui déplaît nullement car il est frêle et maladif et des études universitaires l’attirent davantage.

Il commence ses études de théologie en 1605, pour être nommé évêque de Luçon le 18 décembre 1606 par le roi Henri IV. Il reçoit le 14 avril 1607 l'investiture canonique par le pape à Rome, obtenant ainsi la dispense d'âge lui permettant d'être évêque à 22 ans au lieu de 23, avant d'arriver à Luçon le 15 décembre 1608.

Peu après son installation dans son diocèse, il montre son caractère de réformateur catholique en étant le premier évêque en France à mettre en œuvre les réformes institutionnelles que le Concile de Trente avait prescrites entre 1545 et 1563.

C’est vers cette époque que Richelieu devient l’ami de François Leclerc du Tremblay (plus connu sous le nom de « Père Joseph »), un moine capucin, devenant son confident le plus proche. Son intimité avec Richelieu (qu’on appelait « Son Éminence ») et la couleur grise de son froc vaut au Père Joseph le surnom d’« éminence grise ». Par la suite, Richelieu l’emploie souvent comme agent à l’occasion de tractations diplomatiques.

En 1614, il se fait élire député du clergé poitevin aux États généraux devant se tenir à Paris. Il se fait alors élire porte-parole de l'assemblée. En présence de la régente Marie de Médicis, il y fait l'éloge du gouvernement dans son discours de clôture le 23 février 1615. Ces États généraux sont les derniers avant ceux plus connus de 1789.

Il est nommé par Marie de Médicis en novembre 1615 Grand Aumônier auprès de la future reine Anne d'Autriche. Ce poste lui permet de siéger au Conseil du Roi en 1616 pendant cinq mois comme secrétaire d'État pour l'Intérieur et la Guerre.

L'ascension politique

Richelieu commence par servir le parti adverse de Louis XIII, sous l'autorité de Concino Concini, maréchal d'Ancre et de la reine mère, dont il est d'abord le courtisan et le favori avant d'en devenir l'ennemi irréconciliable.

En 1617, l'assassinat de Concini, dont Louis XIII et le duc de Luynes sont les instigateurs, entraîne la mise à l'écart de celle-ci de l'entourage du roi. Richelieu se trouvant alors du mauvais côté doit suivre la reine mère, alors en disgrâce, à Blois puis il est confiné dans son évêché. Il consacre la majorité de son temps à écrire, composant par exemple L'Instruction du chrétien.

Chargé de négocier un accommodement entre la mère et le fils, il réussit à rapprocher Louis XIII et Marie de Médicis, acquérant une réputation de fin négociateur et fait conclure les traités d'Angoulême (1619) et d'Angers (1620) : le chapeau de cardinal lui est donné en récompense le 5 septembre 1622. Il est intronisé à Lyon le 12 décembre de cette même année.

 

En 1622, Richelieu devenu cardinal est suggéré par Marie de Médicis au jeune roi. Cependant Louis XIII qui garde un amer souvenir de Concino Concini refuse dans un premier temps de faire appel au cardinal. Ce n'est que le 29 avril 1624, que Richelieu entre à nouveau au Conseil du roi avec la protection de la reine mère, Marie de Médicis. Si à cette date Louis XIII est encore méfiant à l'égard du cardinal, on peut affirmer que cette nomination marque un tournant décisif dans le règne de Louis XIII.


La politique de Richelieu

À un Louis XIII ombrageux et soucieux d’affirmer l’autorité royale, Richelieu propose le programme suivant :

    * détruire la puissance politique du protestantisme en France,
    * abattre l'orgueil et l'esprit factieux de la noblesse,
    * et abaisser la maison d'Autriche.

D’abord méfiant, Louis XIII accorde sa confiance à Richelieu.

Marie de Médicis, à la tête du parti dévôt, finit par s’offenser de la volonté de Richelieu de contrer l’hégémonie de la maison catholique des Habsbourg : il est en plus pour cela prêt à s’allier avec des états protestants. Au cours de la journée des dupes (1630), elle finit par exiger du roi la destitution du cardinal qu’elle juge trop indépendant. Ce dernier, qui doit tout à la reine mère, se croît perdu ! Son ami le cardinal de La Valette le retient de prendre la fuite. Mais le roi confirme sa confiance à Richelieu. C’est Marie de Médicis qui doit partir.

L’exil de la Reine Mère confirme l'abandon d'une politique qui, pour assurer le triomphe du catholicisme en Europe, était prête à laisser le premier rôle à l’Espagne.

Soumission politique et militaire des protestants

Les protestants de France, suite entre autres aux édits de Saint-Germain-en-Laye et de Beaulieu forment un état dans l’état: ils ont leurs assemblées politiques, une organisation territoriale et leurs places fortes militaires. Leur métropole est la ville de La Rochelle qui s’est de fait affranchie de l’autorité royale depuis un demi siècle. Le pouvoir royal entend mettre un terme à cette exception politique qui remet en cause son autorité.

Par ailleurs, le climat religieux de l'époque est à l’heure d’une contre-offensive du catholicisme : c’est la contre-réforme. Richelieu lui-même inaugure l'église Saint Louis de l'ordre des Jésuites à Paris. Louis XIII est profondément catholique depuis toujours, contrairement à son père Henri IV qui s’est converti pour accéder au trône. Il impose le rétablissement du culte catholique dans la province protestante du Béarn (1620). Il mène plusieurs campagnes militaires contre les protestants mais échoue par manque de résolution dans l'action.


      Quand Richelieu accède au pouvoir, il poursuit la politique du roi mais cette fois avec une volonté inflexible. Dans un contexte de tension entre la France et l'Angleterre, cette dernière encourage la sédition des réformés. La ville de La Rochelle désire préserver ses libertés, notamment celle d’entretenir directement des relations avec des puissances étrangères, en particulier l’Angleterre. Richelieu décide de soumettre définitivement la ville. Il entreprend le siège qui prend une tournure dramatique : La Rochelle résiste pendant plus d’une année au prix de la mort de la plus grande partie de sa population. La reddition de la ville (1628) sonne le glas de l’autonomie politique et militaire des protestants. Louis XIII confirme cependant la liberté de culte par l’édit de grâce d’Alès (1629).                                                                                                                   

  Suprématie du pouvoir royal contre les Grands

Face à la noblesse turbulente et ses prises d'arme régulières, Richelieu répond par la fermeté. Il supprime les hautes charges que les grands seigneurs exercent auprès du roi. Il fait raser plus de 2 000 châteaux forts qui ne sont plus utiles à la défense du royaume. Il généralise l'envoi en province d'intendants chargés de faire appliquer les décisions royales. Les assemblées provinciales, les États, sont supprimées ou surveillées et les gouverneurs, parfois de puissants notables, sont contrôlés.

Richelieu n'hésite pas à sévir avec les plus Grands. Il fait décapiter le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, qui avait commis l’erreur de prendre les armes avec Gaston d'Orléans en 1632 et de défendre les réclamations de la province. Le cardinal finit par astreindre à résidence le vieux duc d’Epernon, gouverneur de Guyenne, dans la forteresse de Loches. Ce dernier, fidèle de Marie de Médicis, rapportait les effets négatifs sur la population des prélèvements fiscaux croissants du pouvoir central.

Profondément affecté par la mort,le 8 Juillet 1619,de son frère Henri au cours d'un duel, Richelieu réprime avec la plus grande sévérité cette pratique et fait mettre à mort les nobles pris en flagrant délit de se battre. Le 22 juin 1627 sont exécutés François de Montmorency-Bouteville et son cousin François de Rosmadec, comte de Chapelles, qui avaient tué en duel le marquis Bussy d'Amboise.

Par ailleurs, Richelieu doit déjouer les nombreuses intrigues organisées par tous ceux que gêne son action. Parmi ses ennemis figurent la reine mère Marie de Médicis et le frère du roi Gaston, duc d'Orléans. Les comploteurs ne craignent pas d'envisager l'assassinat du cardinal ou de faire appel aux puissances étrangères. Richelieu fait procéder à l'exécution du comte de Chalais en 1626 et du marquis de Cinq-Mars en 1642.

Abaissement de la Maison d'Autriche

C'est après avoir rétabli l’autorité du roi en France que Richelieu entreprend de rabaisser les prétentions de la maison d’Autriche en Europe. Les Habsbourg ont réussi grâce à une heureuse politique patrimoniale à réunir sous leur coupe un grand nombre d’états européens : Autriche, Bohème, Espagne, Milan, Naples, Pays-Bas, Portugal. Au nom d’un catholicisme militant, ils cherchent à établir leur autorité en Allemagne et à y réduire les états protestants. Nous sommes en pleine guerre de Trente ans (1618-1648).

La France finance déjà la Hollande et la Suède, puissances protestantes en guerre contre les Habsbourg. Dans un premier temps, Richelieu replace sous contrôle français la vallée de la Valteline, un nœud de communications essentiel en Europe, que l'Espagne lui disputait (1626). Il assure au duc de Nevers le duché de Mantoue et le Montferrat en forçant le pas de Suze (1629): c'est l'épisode de la Guerre de Succession de Mantoue.

En 1632, l'armée du roi occupe les États de Charles IV, duc de Lorraine, hostile à la France.

Louis XIII déclare la guerre à l’Espagne en 1635. Les premiers temps de guerre sont difficiles : la chute de Corbie sur la Somme en 1636 laisse craindre une attaque sur Paris. Richelieu est effondré mais Louis XIII organise la défense de la capitale.

L’effort de guerre fait basculer le sort en faveur de la France. Richelieu accroît les prélèvements fiscaux et développe une armée permanente. Il exploite le manque de cohésion au sein de la monarchie espagnole : la Catalogne et le Portugal font sécession en 1640.

Les armées du roi de France font la conquête de l’Alsace, l’Artois (1640) et le Roussillon (1642). Un brillant chef militaire, le futur prince Louis II de Condé, remportera après la mort du cardinal les victoires de Rocroi (1643), Fribourg (1644), Nordlingen (1645) et Lens (1648). peu après, le Portugal restaure son indépendance, vieille de 5 siècles, mettant fin à l'Union Ibérique à laquelle il avait été contraint soixante ans auparavant sous le règne de Philippe II d'Espagne.

Autres œuvres

Richelieu est aussi célèbre pour le soutien qu’il apporte aux arts ; le fait le plus connu est la fondation de l'Académie française, société responsable des questions concernant la langue française. Il reste fameux aussi pour la couleur rouge de sa cape de cardinal, qu’on disait accordée à son caractère sanguinaire. Tout le monde connaît le vers par lequel se termine Marion Delorme : « Regardez tous ! Voilà l’homme rouge qui passe ».

Il s'occupe de l'administration intérieure aussi bien que de la direction politique, rétablit l'ordre dans les finances, réforme la législation, crée une marine en 1626 en se donnant le titre de « Grand Maître et Surintendant de la Navigation », donne une grande extension aux établissements coloniaux, fait occuper la Nouvelle-France, les Petites-Antilles, Saint-Domingue, la Guyane, le Sénégal, etc.

Pour soutenir Samuel de Champlain et conserver le poste de Québec, il fonde la Compagnie des Cent-Associés et, par le Traité de Saint-Germain-en-Laye de 1632, rend le Canada à l’autorité française de Champlain, après que la colonie eut été prise par les frères Kirke en 1629. Ce succès permet à la colonie de se développer par la suite et de devenir le centre de la culture francophone en Amérique du Nord.

En 1631, au faîte de sa puissance, il obtient du roi l'autorisation de construire un château et un bourg en lieu et place du domaine de ses ancêtres ou il vécut sa prime enfance : Richelieu. Celui-ci est considéré aujourd'hui comme l'un des chefs d'œuvre de l'urbanisme occidental du XVIIe siècle.

Ce ministre est l'un des plus importants qui aient gouverné la France ; il a eu de grandes vues et en a poursuivi l'exécution avec une persévérance, une fermeté inébranlables, mais on l'a accusé de s'être montré implacable et d'avoir quelquefois exercé des vengeances personnelles sous le prétexte des intérêts de l'État.

Impopularité à sa mort

Ses grandes réformes le rendent tellement impopulaire qu'à l'annonce de sa mort le 4 décembre 1642, le peuple allume des feux de joie pour fêter l'événement. En mourant, il recommande au roi son successeur Mazarin. Il possède, à son décès, 20 millions de livres (une des fortunes les plus importantes de l'époque et, dit-on, la plus importante de tous les temps en France, après celle de Mazarin), et en lègue un million et demi au roi, qui meurt quelques mois après lui,le 14 Mai 1643.

Profanation de son sépulcre

Le 5 décembre 1793, les révolutionnaires saccagèrent son tombeau placé dans la chapelle de la Sorbonne et ce, malgré l'intervention physique d'Alexandre Lenoir. Les assaillants exhumèrent le corps du cardinal, puis le décapitèrent. Le corps fut soit jeté à la Seine, soit placé dans un des caveaux de la Sorbonne, faisant office de fosse commune, avec ceux de plusieurs membres de sa famille, dont le Maréchal de Richelieu. La tête du Cardinal fut emportée par un commerçant parisien nommé Cheval, bonnetier ou épicier rue de la Harpe. La Terreur finie, il offrit avec insistance la partie antérieure de la tête du Cardinal à l'Abbé Boshamp qui, à sa mort en 1805, la légua à l'Abbé Nicolas Armez, curé de Plourivo. Mise à l'abri à Saint-Brieuc, la relique ne retrouva la Sorbonne que le 15 décembre 1866 lors d'une cérémonie funèbre. En 1896, Gabriel Hanotaux s'empara du crâne pour l'examiner une dernière fois avant de le placer dans un coffret scellé et de le faire recouvrir d'une chape de ciment armé, dans un lieu tenu secret à proximité du tombeau.

 

 

 

 

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